mercredi 18 mars 2015

Un remède pire que le mal

Le centre hospitalier Avranches-Granville a enregistré en 2014 un déficit de 3,5 millions d’euros et un déficit cumulé, sur plusieurs années, de 16 millions d’euros.

Le budget annuel de l’hôpital est de 100 millions d’euros.

Si on peut donc relativiser le déficit, il ne peut être question, ni de le négliger, ni de le laisser s’accroître encore au risque de menacer la continuité du service public hospitalier.

Face à cette situation et à cette réalité, deux grandes solutions sont possibles.

La première consiste à regrouper l’ensemble des activités médicales et chirurgicales, les services de soins de suite et les urgences sur un seul site.

C’est cette hypothèse qui a été retenue par le conseil de surveillance.

Il s’agit en fait d’une décision de principe, c’est-à-dire d’une décision inachevée qui ne répond pas, loin sans faut, à la totalité des questions et des conséquences.

Le site unique sera-t-il la construction d’un hôpital neuf ? Dans ce cas, où sera-t-il implanté et que fera-t-on des sites d’Avranches et de Granville  et des investissements très importants qui y ont été faits ?

Comment trouve-t-on le financement des 120 millions d’euros nécessaires ?

Le site unique sera-t-il celui de Granville ou celui d’Avranches ? Dans l’un ou l’autre cas, que fera-t-on du site non retenu et des investissements très importants qui y ont été faits ?

Comment trouvera-t-on le financement des 45 millions d’euros nécessaires ?

Toutes ces questions restent à ce jour sans réponse et elles n’ont d’ailleurs même pas été abordées avant le vote du conseil de surveillance.

Dans ces conditions, on ne peut que s’étonner que les maires d’Avranches et de Granville aient choisi la solution du site unique, sans vraiment en mesurer toutes les conséquences.

Le choix du site unique apparaît ainsi comme une fuite en avant dont les conséquences sont très loin d’avoir été envisagées, notamment celles de la proximité des soins et de la sécurité des patients.

Le choix du site unique n’est ni une obligation, ni une fatalité.

Une autre solution existe et elle est confortée par l’histoire récente des difficultés du centre hospitalier.

En 2006, le déficit budgétaire était de 7 millions d’euros –soit le double de l’année 2014- et, grâce aux mesures prises à l’époque, ce déficit a été ramené à 2 millions d’euros dès 2007 avant que le budget retrouve l’équilibre et même un léger excédent en 2010.

Depuis 2011 de nouvelles difficultés sont apparues pour 3 raisons principales.

La première réside dans une baisse de l’activité de l’hôpital à la suite du démantèlement du service de chirurgie orthopédique du fait du départ de plusieurs praticiens hospitaliers.

Or, le financement des hôpitaux est lié à leur niveau d’activité.

La deuxième raison réside dans l’obligation du centre hospitalier Avranches-Granville – comme de très nombreux hôpitaux français – de recourir à l’intérim afin de compenser la pénurie de professionnels dans certaines spécialités.

Or la pratique de l’intérim revêt dans les hôpitaux publics un caractère démesuré.

Les médecins intérimaires, appelés « mercenaires » par leurs propres confrères exigent en effet des rémunérations de l’ordre de 1500 euros par jour.

Il faut mettre fin à ce système scandaleux et je déposerai un amendement en ce sens dans le projet de loi santé qui sera prochainement débattu à l’Assemblée Nationale.

Il convient de rappeler que le recours à l’intérim représente aujourd’hui plus de la moitié du déficit du centre hospitalier Avranches-Granville.

La troisième raison réside dans le maintien « de doublons », c’est-à-dire d’activités qui existent sur l’un et l’autre site. Leur suppression permettrait de réaliser de réelles économies et de conforter chacun des deux sites d’’Avranches et de Granville dans des spécialités clairement définies : la chirurgie classique sur Avranches et la chirurgie ambulatoire sur Granville.

La fuite en avant vers un site unique n’apparaît donc, au final, ni obligatoire ni nécessaire.

Elle apparaît même, à bien des égards, comme un remède pire que le mal.

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